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Avancer malgré tout

Au fil des essais, au fil des échecs, l’idée d’une vie sans enfants a peu à peu fait son chemin. Et si c’était nous, ce couple qui ressort de la PMA sans enfant ? Est-ce qu’on continuerait la bataille à l’étranger via le don d’ovocytes / embryons ? Via l’adoption ? Est-ce qu’on aurait encore la force, l’âge et le courage pour tout ça ? Est-ce qu’on en aurait encore envie ?
On y a beaucoup réfléchi, surtout depuis la débâcle de la FIV1 il y a presque un an. Enfin, beaucoup réfléchi… Parfois on n’y pensait pas pendant des semaines, et puis ça revenait, s’immisçant dans nos têtes et dans nos vies. Une réflexion en plusieurs temps, parfois inconsciente, parfois en sourdine. On a fait quelques recherches aussi, histoire de mieux se rendre compte de ce qui potentiellement nous attendait. Et le temps a fait son travail, nous aidant à mûrir tout ça et à y voir plus clair.

Je crois que pour nous, le parcours PMA a toujours inclus le don. Ca a toujours été une évidence à nos yeux. Le deuil de la transmission d’un (ou de nos) patrimoine(s) génétique(s) ne nous semble pas insurmontable, ni même problématique. Alors oui, si définitivement nos gamètes ne donnent rien, on se lancera dans ce nouveau chapitre sans hésiter. Car il s’agirait de cela, pour nous, finalement : un chapitre de plus à notre épopée PMA.
Pour l’adoption, les choses ont par contre toujours été moins claires, plus contrastées, plus délicates. Il y a tant de deuil à faire pour adopter… Le deuil d’une grossesse, de connaitre son enfant dès les premiers instants de sa vie. L’accepter avec son passé, avec les quelques mois/années qu’il aura vécu ailleurs. Accepter que si pour nous le jour de la rencontre sera sans doute le plus beau de notre vie, il sera peut-être pour lui teinté de peur, de perte, de douleur, de pleurs. Et puis il y a tout le coté administratif aussi : un autre combat, une autre attente, un mariage imposé dont nous n’avons envie ni l’un ni l’autre. Et surtout, la perspective de vivre encore de nombreuses années à patienter. Encore. Toujours. Est-ce que dans six, huit, dix ans l’envie d’une famille sera toujours là ? N’aurons-nous pas plutôt réinventé notre vie autrement ? Une vie à deux, sans enfant ? Il me semble des fois plus facile de faire le deuil de ce rêve que de l’attendre encore dix ans. J’ai déjà parfois l’impression de commencer à passer tout doucement à autre chose…

Au début, on se disait que si on n’avait pas d’enfants, on changerait de vie. Carrément. On commencerait par un tour de monde, et puis en rentrant on s’installerait dans une autre région, voir un autre pays. Changer complètement de cap puisque celui que l’on vise est inaccessible.
A force de se répéter qu’on changerait tout, on en est venu à se questionner sur notre vie actuelle. Cette envie de renouveau venait-t-elle uniquement du fait que l’on n’arrivait pas à fonder une famille, ou est-ce que le malaise était plus profond ? Peut-être que notre vie actuelle ne nous correspondait pas ? Pourquoi envisager de tout quitter si dans le fond tout allait bien ? A force d’y réfléchir, on se sentait perdus sur tous les tableaux. Est-ce qu’on attendait que la venue d’un enfant donne un sens à nos vies ? Est-ce qu’on en espérait trop ?
La vérité, en fait, c’est qu’on aime bien notre vie comme elle est. On aime bien notre quartier, notre travail, notre chat, nos loisirs. La vérité, c’est qu’avec ou sans enfants, cette vie peut être chouette. Il n’y a que quand on est dans la tourmente PMA qu’on a des idées noires. Le reste du temps, on est plutôt un couple joyeux et heureux de vivre.
Alors finalement, je ne crois pas qu’on changera de vie si on n’arrive pas à nos fins. Je ne crois même pas qu’on fera un tour du monde en fait (parce qu’à y réfléchir je suis plutôt casanière, et au bout de deux semaines à l’étranger je rêve de nourriture française, d’architecture française, de langue française ; alors un tour de monde où il faut revenir chez soi tous les quinze jours pour faire un break, c’est pas gagné !).
Je crois que petit à petit Psychoti est arrivé à la même conclusion. Il semble que nous ne soyons pas de grands aventuriers finalement. On aime avoir des attaches, on aime avoir un port d’ancrage bien fixe et on aime notre région (même si, comme toutes, elle a quelques défauts). Le fait qu’on ait ou pas des enfants n’y changera rien.
Toute cette réflexion fait qu’enfin, on arrive à nouveau à se projeter à long terme dans notre chez nous et dans nos boulots. Et mon Dieu que ça fait du bien de voir un peu plus loin que le bout de son nez dans au moins un pan de sa vie !

Et c’est comme ça que depuis peu, nous avons commencé à regarder sérieusement les maisons à vendre. Toute petite, avec deux chambres seulement, de sorte à ce qu’elle nous corresponde qu’on ait un ou aucun enfant (le deuil du deuxième a bel et bien été fait pour le coup). « Comme ça on n’aura pas le cœur qui se sert devant une rangée de chambres vides » a dit Psychoti. Je n’ai pu qu’approuver (et le prix exorbitant des maisons du coin a achevé de nous convaincre).
Evidemment, les ventes de petites maisons sont rares. Il n’y a pas foison d’offres. Et puis on est un peu difficiles, car on ne voudrait pas perdre les (nombreux) avantages de notre appartement. Alors, on patiente, en espérant trouver un jour la perle rare. En se disant aussi que de toute façon, on n’est pas pressés.
Et puis attendre, c’est quelque part devenu un peu notre spécialité.

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35 réflexions au sujet de « Avancer malgré tout »

  1. Ce parcours nous contraint à nous questionner régulièrement sur nos choix comment aborder toutes ces questions comment se préparer à vivre autrement alors qu’au départ on pensait juste fonder une famille aussi facilement que les personnes autour de nous ça semble si évident quand on ne sait pas encore les difficultés qui nous attendent. On est bien obligé d’avancer comme tu le dis. Bisous et bonne après midi ensoleillée ça remonte le moral.😀

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  2. Un sincère merci pour cet article. Encore une fois, j’étais en train de me faire la même reflexion. Je me sens même coupable d’apprécier ma vie telle qu’elle est alors que nous désirons tant cet enfant…
    Tu as un profond niveau de réflexion, et merci de le partager avec nous. Certaines phrases résonnent en moi car je vis mon parcours de la même manière, même s’il est différent. J’aurais parfois bien besoin de pouvoir échanger de cette facon… Merci encore de partager tout ça, je te souhaite tellement de bonheur, de paix intérieure et d’amour encore dans votre vie. Vous le méritez.

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    1. Merci à toi pour ce petit mot ❤ Réfléchir à tout ça est difficile pour chacun de nous je pens, car il n’y a pas de solution toute prête qui apparaisse en un après-midi. Il faut se donner du temps, ce qui est un peu le comble dans ce parcours où on n’a déjà l’impression de ne faire qu’attendre. Des bises

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  3. Le deuil de ses gamètes ne m’a pas semblé difficile après un long parcours qui nous laissait plutôt entrevoir une vie sans enfant. C’est plus difficile pour celle à qui on annonce directement qu’il faut oublier ses propres ovocytes. Moi j’avais la preuve qu’ils étaient inexploitables à force de fiv sans résultat… si tu veux échanger à ce sujet tu n’hésites pas car le plus dur pour moi était surtout de partir à l’étranger et de choisir une clinique sérieuse pour ce don… des bises

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    1. Je suis tout à fait d’accord : à force de FIV foireuses, on se fait petit à petit à l’idée. C’est moins brutal que si on l’avait appris en début de parcours. Pour le reste, avec plaisir ! Je reviendrais vers toi si on en arrive là un jour, car effectivement le choix du pays et de la clinique me fait un peu paniquer d’avances ! Mille mercis 😘

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  4. Je me reconnais beaucoup dans cet article, même si je ne me sens pas d’aborder le sujet avec mon homme, car je ne crois pas qu’il en soit au même stade de réflexion que moi. Je sais maintenant que si par malheur nous ressortions les bras et le ventre vide, ce ne serait pas la fin du monde : la vie serait différente de celle qu’on s’était imaginé, mais elle vaudrait tout de même le coup d’être vécue.

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    1. Chacun avance à son rythme dans ce genre de réflexions. Il en faut parfois, du temps… Ta dernière phrase est très belle et résume tout : ce n’est pas parce que notre vie sera différente qu’elle ne vaudra pas le coup. Il faudra qu’on arrive à s’en rappeler si on est un jour vraiment dans la tourmente. Des bises

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  5. J’aime beaucoup cet article, je me reconnais dans certaines réflexions, du moins je me revois quelques temps en arrière. De notre côté l’adoption nous a donné un nouveau souffle, même si avant de franchir le pas on est passé par tous les doutes dont tu parles.
    Le deuil du deuxième enfant (vivant) a été fait ici aussi… sache que du point de vue immobilier c’est une chance, les maisons à deux chambres sont souvent boudées donc le prix peut être bien plus intéressant 😉

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    1. J’ai pensé à toi et à Mouchette en écrivant ces mots. J’avais peur d’être maladroite et de blesser les personnes qui se sont engagées dans la voie de l’adoption. Ton message me rassure donc !
      Pour les maisons, il semble que par ici ce soit un peu l’inverse en fait : les prix de l’immobilier sont tels que les gens se rabattent sur les petites surfaces, ce qui du coup fait monter les prix… On vient d’en avoir la preuve aujourdhui avec une jolie maisonnette qu’on avait visité (et adoré), vendue en une semaine à un prix inenvisageable pour nous. Bref le rêve de la maison sera peut-être aussi inaccessible que celui d’un enfant finalement…

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      1. Ah mince… C’est terrible ces régions où les gens ne peuvent même pas se loger correctement, c’est vrai que nous on a pas ce pbm…
        Concernant l’adoption je pense qu’on passe tous par cette phase, j’ai du écrire la même chose que toi il y a deux ans, certains franchissent le pas ensuite, d’autres non. Ce sont des questionnements sains et indispensables, il y a effectivement des deuils à faire, et un grand pas à franchir pour accepter la lourdeur d’une nouvelle démarche et le fait que notre enfant aura une histoire… 😉

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  6. Je n ai fais qu une fiv…mais vla que jai meme pas encore commencé la 2eme que je suis partie dans a reflexion du : et si ca marchait pas? Et si mes ovocytes etaient pourries ?… bref, pleins de questions…forcement sans reponse ( pour le moment)…mais avec des si on refait le monde.
    Alors pour le moment, nous aussi nous profitons de notre vie à 2. Egoistement peut etre, c’est vrai. Mais apres tout, on a tellement mis d energie au debut du parcours, à se priver, à vivre en fonction des Rdv, des protocoles…qu on a perdu des bons moments… on ne sy reprendra plus.
    Ton homme passe bientot sur le billard…. bon courage à lui!
    Jespere que ca va toi … !
    Des bisous !!!!

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    1. Tu sais, on a commencé à penser à tout ça après la FIV1. On n’a donc pas attendu la 2 non plus avant d’envisager tout ça…
      Bon courage à ton Chéri aussi (ça me fait toujours drôle cette opération en doublon ;))

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  7. Cela fait des mois que je ne commente plus, que je lis de manière très erratique et voilà que je tombe sur ton post qui fait résonner en moi pas mal de cordes sensibles. Tu as résumé tant de questions, tant de réflexions que mes mots ne parvenaient plus à décrire que mon coeur s’est accéléré, que les larmes me sont montées aux yeux.
    Je n’aurai qu’un mot : merci ! 😊
    Et je te souhaite le meilleur pour la suite, avec ou sans don, avec ou sans enfant. Avec une préférence pour les options les plus évidentes bien sûr !!
    Et rien à voir mais juste pour te redonner de l’espoir : mon chéri et moi avons visité 42 maisons avant de trouver notre nid d’amour.
    💕🍀

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  8. Je me pose ou me suis posée beaucoup de tes questions… Par contre, l’idée du don d’ovocytes est beaucoup plus difficile pour moi… Mais j’y réfléchis tant j’ai l’impression que cette solution va finir par s’imposer à moi…
    Gros bisous et merci pour ce bel article 😘

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    1. C’est compliqué toutes ces questions qu’on n’imaginait pas devoir se poser un jour. Pour les gens qui n’y sont pas confrontés, « il suffit de faire une FIV ! » ou « Il suffit d’adopter ! ». Ce serait si simple si c’était le cas…Gros bisous ma Lorie, j’espère que tu tiens le coup en ces temps difficiles.

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  9. Il m’a fait du bien ton article. Je me reconnais beaucoup dans tes mots, chez nous c’est inverse entre don et adoption mais à part ça on est bien alignées…
    Plein de pensées Psychota, et bonne chance pour la recherche de maison!

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    1. Merci ma Kalyz. Je me rends compte que la recherche de maison vire un peu à l’obsession ces temps-ci. A croire que tout nouveau projet est bon à prendre tant qu’il nous permet d’oublier (un peu) le principal… J’espère que tu vas bien, bises

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  10. Qu’il est beau ce billet… On sent que votre réflexion est comme apaisée, les grands choix sont tranchés, même si le chemin est encore long. Je te rejoins sur pas mal de points : la distinction don/adoption, et l’acceptation dès le départ d’une éventuelle démarche vers le premier. C’est peut-être aussi parce que la blogosphère nous en offre de tellement belles histoires, je crois que je ne savais même pas que le don d’ovocytes existait il y a encore quelques mois. Par contre mon conjoint n’en est pas au même stade de réflexion que moi. Et la tentation de tout plaquer pour un tour du monde si ça foire, elle reste encore très présente dans ma tête. On n’a donc pas atteint votre stade de maturité à Psychoti et toi! C’est très chouette que vous partagiez cette vision et cet élan positif pour aller de l’avant (une maison, wow) 🙂 Des bisous

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    1. Ou peut-être que le tour du monde serait vraiment ce qu’il vous faut si jamais vous en arrivez là !
      Pour ton Chéri, chacun avance à son rythme. J’ai l’impression que nous les filles avons souvent une longueur d’avance quand il s’agit d’anticiper l’avenir. J’envie parfois Psychoti de sa capacité à vivre au jour le jour !

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      1. C’est clair, on est plus angoissées qu’eux…mais c’est peut-être dû au fait qu’on est davantage affectées par notre horloge biologique et qu’elle tourne plus vite. Ça doit être reposant d’être un homme parfois 😉

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  11. Merci pour cet article et ces réflexions dont tu nous fais part.. il est plein de douceur .C’est vrai notre spécialité à nous les couples en Pma est d’apprendre à attendre , rebondir , revoir certaines solutions qui n’étaient pas une évidence au debut de notre parcours, car c’est un parcours de vie qui nous change et nous transforme même. On se depasse, on repousse sans cesse les limites. Et pour les vivre au mieux , on apprend à profiter de ces moments à nous, cette vie qui nous aide à nous ressourcer et retrouver de l’énergie loin de la PMA.
    J’espère que bientôt vous trouverez votre petit paradis 😉
    Je t’embrasse Psychota 😘

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    1. C’est tout à fait ça, on apprend à vivre en repoussant sans cesse les limites. Ca fait aller de l’avant, ça fait mûrir, mais en même temps qu’est-ce que c’est fatiguant ! J’avoue qu’on aimerait bien parfois que la leçon soit moins dure à apprendre et que les choses soient plus simples…

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  12. C’est beau ce que tu écris. Je pense au film Là-Haut et je me dis que si, bien sûr !, vous êtes des aventuriers. Il y a tant de façons, apparemment plus banales, de vivre son aventure et la vôtre a l’air épanouissante malgré sa frustration. 💕✨

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  13. Oui, la PMA fait se poser bcp de questions. Je me reconnais dans ces interrogations et aussi dans la conclusion sur le fait qu’on aimait globalement bien notre vie, même si on souhaitait y apporter des changements – mais qui, finalement, n’étaient pas liés à la PMA. Cela nous avait fait du bien de le réaliser… Quant à la réflexion don / adoption, j’avais pour ma part la même que toi mais pas Victorien qui était sur la logique inverse ! C’est bien si vous êtes sur la même longueur d’ondes. Mais je vous souhaite surtout que la FIV3 vous donne les clés pour ne pas avoir à emprunter ces chemins.

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