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Avec ou sans enfants ?

La FIV2 est derrière nous ; mais l’infertilité, elle, demeure partout : derrière, devant, en nous. Elle occupe une telle place dans nos vies qu’on a parfois du mal à y voir clair.

Où en serions-nous si nous avions fait partie de la majorité, de ces cinq couples sur six qui se permettent de râler quant à quelques mois près l’arrivée de bébé « ne les arrange pas » ? Nous aurions un enfant de dix-huit mois – deux ans. Nous commencerions à songer au petit deuxième ; à calculer quand arrêter la pilule. Nous verrions encore la plupart de nos amis, et passerions ensemble nos soirées à nous plaindre gentiment de nos progénitures respectives. Nous rechercherions une maison, ou à défaut un appartement un peu plus grand. Peut-être envisagerions-nous de changer de région. Pendant le congé parental par exemple ; plutôt pratique pour se donner le temps de trouver tous les deux du travail au même endroit, ainsi qu’un mode de garde pour les petits.
Mais nous n’avons pas d’enfant ; nous sommes #1couplesur6, nous sommes infertiles, en bataille permanente depuis plus de deux ans. Tous nos projets sont en standbye car notre avenir reste dans le brouillard.

J’ai parfois l’impression que nous sommes à ce carrefour de notre vie depuis un temps infini. On sait quel chemin prendre. Oh ça oui, on ne le sait que trop. Mais on se heurte à un mur invisible. On garde l’espoir de décrocher un jour le Sésame qui nous ouvrira la voie. On se décourage un peu, parfois. Mais on s’accroche et on finit toujours par retenter, encore et encore.
On sait malheureusement que notre ténacité ne sera pas forcément gage de réussite. Peut-être n’y arrivera-t-on jamais. Peu importe nos efforts et notre persévérance. Peut-être ne trouvera-t-on jamais la clé. Il nous faudra alors, qu’on le veuille ou non, nous tourner vers l’Autre chemin. Celui que l’on n’a pas choisi, celui qui ne nous attire pas. Celui dont on devra s’accommoder pour le reste de notre vie.
Les statistiques disent que 40% des couples en FIV sortent de cette épreuve sans enfants. Nous sommes à mi-chemin des possibilités offertes, et n’avons pour le moment vécu que des échecs. Ce n’est pas du défaitisme ou du négativisme que d’envisager le pire : il s’agit simplement d’affronter les choses telles qu’elles pourraient être. On ne sais pas à l’heure actuelle si on sera un jour parents. C’est ça, notre réalité.

Cette incertitude pèse de plus en plus sur nos vies et notre manière d’envisager la suite. C’est rageant d’être là, bloquer à ce carrefour. On n’arrive plus à se projeter sur rien. Avec ou sans enfants ? Cette question plonge l’intégralité de nos vies dans un brouillard épais. Nous pataugeons dans la purée de pois sans réussir à prendre la moindre décision sur le reste. Car le problème, c’est qu’avec ou sans enfants, on ne se choisit pas la même vie. A trois (ou quatre…) ou deux, le quotidien n’est pas le même. Les envies ne sont pas les mêmes. Les projets ne sont pas les mêmes. Tant qu’on n’aura pas répondu à cette question, notre avenir restera en suspens.

La seule chose dont on est sur, en fait, c’est de notre présent : on n’abandonnera pas en route, on sait vouloir se battre jusqu’au bout. Et c’est quelque part tout le paradoxe de la PMA : elle nous plonge dans le plus grand désarroi quant à nos projets de vies futurs, mais elle est au présent notre plus fort point d’ancrage. Pas de gros changements tant qu’on sera sur cette bataille-là ; pas de déménagement dans une région reculée où le premier centre PMA est à 1h30 de route ; pas de nouveau job puisque celui-ci s’accommode si bien de mes retards et mes absences ; pas de voyages au bout du monde au risque de croiser Zika ; pas de changement de vie ni de rêve d’ailleurs dans l’immédiat. Nous restons concentrés sur notre combat et mettons toutes les chances de notre coté. Même si ça nous donne parfois la désagréable impression de stagner, coincés dans un présent qui ne nous offrira peut-être jamais l’avenir dont nous rêvons.

Alors avec ou sans enfants, qui sait ? Mais sans remords ni regrets. Nous nous battrons jusqu’au bout pour accéder à notre rêve. On ne pourra au moins pas se reprocher de ne pas avoir tout tenté.

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20 réflexions au sujet de « Avec ou sans enfants ? »

  1. Je te rejoins tellement !
    J’aimerais connaître l’issue de ce combat, pouvoir me projeter autrement… J’ai récemment dit à mon chéri que si je savais que nous allions rester à deux, je vendrais la trop grande maison et j’aimerais que nous changions de travail, de région, de vie…
    Plein de bisous et espérons que l’horizon se dégagera bientôt…

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    1. Au début des essais je refusais de concevoir une vie sans enfants. Ca me semblait juste impossible. C’est fou comme on évolue… Aujourd’hui on se prépare au pire, tout en se battant pour le meilleur.
      Je crois que quoiqu’il advienne on pourra être fières de ce combat si durement mené 💜

      Aimé par 2 people

  2. J’aurais pu l’écrire cet article, quasi mot pour mot… D’ailleurs tu cites même le titre de mon blog: « Le mur invisible ». Tout est là. Tout est écrit.
    L’incertitude qui nous bouffe et qui nous porte. La lutte, toujours. Les pensées  » et si… », que serait notre vie, si ça ne nous était pas tombé dessus…
    Tout pareil ❤ plein de bisous Psychota, et je crois que toutes ces épreuves nous font devenir plus forts, plus conscients, plus sensibles aussi. ❤

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  3. L’incertitude est une des pires choses de ce parcours, je crois que tous ceux qui sont passés par là le mesurent… Sur la question des blocages liés à la PMA, je me souviens que quand j’étais allée voir la psy du service à un moment où ça n’allait pas bien, elle m’avait dit qu’il y avait des choses sur lesquelles on avait une maîtrise et d’autres non. Ca a ete l’élément déclenchant pour nous décider à changer ce que l’on pouvait, et qu’on avait mis en suspens depuis presque 2 ans : déménager, et pour moi quitter mon job. Prendre ces décisions m’a en quelque sorte donné l’impression de reprendre un peu le contrôle… Bref. Je vous souhaite de réussir à trouver un équilibre dans cette difficile attente et surtout, qu’elle s’achève le plus rapidement possible. Gros bisous ma Psychota 😙

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    1. Oui je me souviens quand tu avais écrit ton poste sur ta démission… Ici on a pris la décision de se concentrer sur la PMA : et depuis qu’on se l’est dit clairement, bizarrement, on le vit mieux… des bises ma Victorienne, je pense souvent à toi et Penelope et j’espère fort que tout ira bien pour vous 2

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  4. C est tellement ca. Attendre. Ne pas savoir de quoi sera fait demain. Ou apres demain…. si on pourra aller à ce mariage, si on aura une bonne nouvelle pour le prochain noel…. ici on a l immense chance d avoir déjà une fille. Mais depuis 3 ans c est des fausses couches à la chaîne.
    Je vous envoie pleins de courage dans ce parcours si douloureux. J espère lire bientôt de bonnes nouvelles!

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  5. Psychota, j’ai le vertige quand je lis ton article. Il décrit tellement bien les doutes liés à la PMA, les gens ne peuvent pas s’imaginer. Je ne peux que vous souhaiter que l’issue soit merveilleuse. Il est normal que vous preniez en compte toute les possibilités mais je continue à voir le positif pour vous, tout n’est pas encore joué. Je vous envoie beaucoup de force et de courage pour traverser cette période qui, je l’espère fort, touche à sa fin. Bisous

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