Blog PMA·FIV 1

Level 1 : ovocytes et spermatozoïdes

FIV : flashback sur la ponction
Réveillés aux aurores après une nuit agitée, nous nous rendons mercredi matin à l’hôpital. Je dois y être à 7h15, comme toutes les ponctionnées du jour. Je sais que je passerai au bloc exactement 36h après la piqûre de déclenchement, soit à 9h30. J’ai de la chance, je n’aurai pas à trop poireauter.
Psychoti, de son coté, a rendez-vous à 10h pour le recueil de sperme. Il sait par contre que la matinée va être longue, car en dehors de ça, il ne fera qu’attendre : attendre avec moi l’heure de la ponction, attendre seul que je réintègre ma chambre, attendre avec moi les résultats.

Pour la première fois, nous prenons notre voiture pour aller à l’hôpital. On trouve à se garer juste devant ; une aubaine puisqu’il n’y a pas de parking. Aucun de nous n’a vraiment envie de de parler.
En arrivant à l’étage indiqué, je suis immédiatement prise en charge. On me conduit dans une chambre triple en me demandant d’aller dans la salle de bain, me déshabiller entièrement et passer une blouse d’hôpital. L’infirmière n’adresse ni un regard ni un mot à Psychoti qui, dans le doute, reste dans le couloir. Mince. Je commence à me dire qu’il aurait mieux fait de rester à l’appart et me rejoindre après son recueil !

Un des trois lits est déjà occupé. On s’est croisées plusieurs fois lors des échos de contrôle. On se reconnaît, on se sourit. On se dit qu’on a fait le plus dur avec les injections : à partir de maintenant, les choses ne dépendent plus de nous ! Cette fille est un vrai rayon de soleil, je suis bien contente de partager sa chambre.
La troisième fait son entrée ; je l’ai déjà vue aussi, mais elle fait comme si elle était seule dans la pièce et ne nous dit pas bonjour. Je mets ça sur le compte du stress. Et puis après tout, qu’est-ce que son impolitesse peut bien me faire, on ne se reverra sans doute jamais de notre vie…
Nous sommes toutes les trois installées dans nos lits quand on frappe à la porte : le conjoint de Miss Soleil. Je me dépêche d’envoyer un message à Psychoti pour lui dire que c’est bon, il peut entrer, les conjoints sont de la partie !

Le fait qu’on soit trois dans la chambre me distrait. Même si j’essaie de respecter leur vie privée, j’entends et je vois tout ce qui se passe. On vient poser un cathéter en avance à Miss Soleil. J’apprendrai par la suite qu’elle est diabétique et nécessite un suivi particulier.
Déjà, on vient chercher Miss Renfrognée. On l’emmène allongée sur son lit à roulette, ce qui laisse un gros trou dans la pièce. Une infirmière vient prendre ma tension, vérifier que je n’ai pas envie de faire pipi. Et rapidement, on m’emmène à mon tour. Déjà ! Psychoti m’embrasse en vitesse, et je fais coucou au couple si gentils qui me soufflent un « bonne chance » en chœur.

C’est assez étrange d’être trimbalée allongée alors que je vais bien. J’ai l’impression d’être une princesse capricieuse qui se fait servir. On descend deux étages par l’ascenseur et nous voilà en salle de réveil. C’est grand. Il y a plein de lits posés les uns à coté des autres. Une multitude d’infirmiers et de personnels soignants se rendent à mon chevet, se présentent, me sourient, me distraient. Ils me posent des questions et remplissent des dossiers papiers, tout en me racontant tout et n’importe quoi sur leur travail, leur vie, la région. Au bout d’un moment je ne sais plus trop qui est qui, mais ils sont tous adorables. Ils veulent clairement que je sois détendue et que je pense à autre chose ; ils arrivent même à me faire rire.
On me fait passer du lit à un brancard, on me noue un drap autour du cou et on m’enlève ma blouse. On glisse des chaussons en papier sur mes pieds nus, et m’affuble d’une charlotte sur la tête. Un infirmier vient poser mon cathéter. Il est plutôt sexy, un peu bad boy avec des tatouages sur les bras. Il m’explique tout :  pourquoi il me pose une perf et ce qu’il y a dedans, comment je serais installée au bloc, l’effet que me fera le produit anesthésiant. Il me dit que quand on sait à quoi s’attendre, on vit mieux les choses ; et que le produit anesthésiant fait rêver, alors qu’il faut que je m’endorme en pensant à de belles choses. J’ai presque l’impression de partir pour une expérience mystique et ça me fait rire, encore une fois. Définitivement, je trouve l’équipe de soignants parfaits.

Mon médecin fait une apparition : c’est elle qui va faire l’intervention ! Elle ajoute que c’est également elle qui fera mon transfert vendredi (et je ne peux m’empêcher de penser, grande pessimiste devant l’éternel, « si transfert il y a »). C’est le hasard du calendrier qu’elle soit de garde cette semaine, mais ça me fait bien plaisir. Je la trouve drôlement jolie dans sa tenue de chirurgien bleu marine. Ça fait ressortir ses yeux. On se croirait un peu dans Grey’s Anatomy pour le coup !

Il est un peu plus de 9h. Je suis déjà prête, étendue sur mon brancard avec mon cathéter dans le bras, ma perf suspendue et ma charlotte ridicule sur la tête. Je sais que j’ai approximativement encore une demi heure à attendre.
Mon cœur se met à battre à la chamade. Je le savais bien que la FIV impliquait tout ça, mais quand même, tout à coup, je me demande bien ce que je fais là. Moi je voulais juste un bébé ! Alors pourquoi je me retrouve à un étage où il est écrit Chirurgie, pourquoi je dois passer au bloc opératoire ?
J’essaie de contrer l’injustice et la panique qui monte. Je pense à l’infirmier sexy qui m’a dit de me concentrer sur des choses agréables, et à cette copinaute qui par mail m’a écrit « on se réveille comme on s’endort ». Je ne veut pas me réveiller triste et stressée ! Alors je respire profondément. Encore. Et encore. J’essais de me souvenir de l’odeur des fleurs d’orangers de Majorque. C’est difficile les souvenirs olfactifs, c’est ceux qui sont les plus durs à faire revivre. C’est bien, ça m’occupe un bon moment et me permet de me calmer.

Et puis on m’emmène, ça y est. On me fait glisser sur la table d’opération, on me parle, on me rassure, on me cajole. La dernière phrase que j’entends est « c’est bien, elle sourit ».
Et puis tout disparaît.

J’ouvre les yeux en salle de réveil. Mais replonge régulièrement dans des poches de sommeil. J’ai le vague souvenir qu’on m’a remise dans mon lit, qu’on m’a demandé si ça allait, si j’avais froid. Je crois que plusieurs fois, on m’a prévenue qu’on allait soulever le drap pour vérifier si je n’avais pas de saignements. Je suis si somnolente, je n’ai aucune notion du temps qui passe. Mais on m’avait prévenue que je resterai un peu ici avant de remonter dans ma chambre alors encore une fois, je ne m’inquiète pas. L’infirmier sexy avait raison : on vit mieux les choses quand on sait à quoi s’attendre.
Enfin, j’émerge véritablement. Je constate qu’on m’a remis ma blouse, et le fait de n’en avoir aucun souvenir me perturbe. C’est quand même un peu flippant cette anesthésie : les gens peuvent faire ce qu’ils veulent de votre corps sans que vous n’en ayez aucun souvenir !

Je réintingre ma chambre et très vite, mon médecin apparaît. Elle débriefe d’abord avec Miss renfrognée, puis vient me voir. Elle me demande si je suis bien réveillée avec une petit sourire moqueur ; j’ai l’impression d’être la super marmotte du jour. Elle m’explique qu’en fait j’ai commencé à montrer des signes de réveil alors que la ponction n’était pas finie ; qu’ils m’ont remis une dose d’anesthésiant et que c’est pour ça que je suis encore un peu sonnée.
Et puis enfin, elle m’annonce : « on a obtenu 15 ovocytes, c’est un très belle récolte ! Demain, le labo biologiste vous appellera pour vous dire combien ont été fécondés, et pour vous donner l’heure du transfert vendredi ».
15 ! Ca alors ! Il y avait donc bien des ovocytes dans mes follicules ! Psychoti arrive, je m’empresse de lui communiquer la bonne nouvelle. Elles sont si rares en PMA… On savoure. On a l’impression d’avoir remporté une première bataille.

Level 1 : on a des ovocytes, on a des spermatozoïdes. Et c’est déjà une sacrée victoire.

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24 réflexions au sujet de « Level 1 : ovocytes et spermatozoïdes »

  1. Brrrr, je comprends ton coup de stress avant de passer un bloc. Tant mieux si tu as réussi à te zenifier avant le grand plongeon. J’ai hâte d’avoir la suite du récit, de comprendre un peu la suite des évènements !!
    Couves bien en attendant.

    Aimé par 1 personne

  2. Ton post résonne très bizarrement en moi. Comme si je lisais mon avenir proche… Je suis heureuse de savoir que la ponction s’est bien passée. J’espère que tu vis « bien » les DPO. La reprise du travail permet de penser à autre chose. On croise toujours ! Bisous

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Psychota,
    Je viens te lire très régulièrement, je trouve ta façon de raconter tes expériences de PMette assez extra! C’est incroyable, à chaque fois dans tout ce que tu écris, j’ai l’impression de vivre exactement la même chose! Tu as toujours les mots exacts pour exprimer ce fichu parcours PMA , et tu es si touchante avec ton Psychoti ❤
    Moi même en parcours PMA depuis un an (essai bébé depuis 2 ans…), après une GEU "spontanée", j'ai effectué ma première FIV il y a 1 mois tout pile! Je n'ai pas un regard très "joli" concernant la PMA pour ce qui me concerne, car je vis ce désir d'enfant inassouvi comme un échec de ma part et du coup j'ai du mal à accepter de devoir en passer par là, alors que d'autres y arrivent si facilement …
    Mais mais mais, quand je te lis, je trouve que la PMA et bah…. c'est MAGNIFIQUE!!! Avec tous les articles que tu acceptes de partager avec nous, tu rends cette aventure vraiment touchante, et surtout tu me réconcilies d'une certaine façon avec l'idée de la PMA.
    Bref, je tenais à te le dire, et vraiment du fond du coeur je te souhaite à toi et Psychoti de vivre un magnifique ++++++!!!!!!!
    Et surtout bon courage pour les "DPTransfert"
    Perso la première semaine: super fastoche, finger in the nose …
    Bon par contre la deuxième semaine, un peu moins fastoche: Toc toc toc revoila les psychotages en tout genre … Moins fun du coup… Mais ça le fait quand même 😉
    Bises et je croise les doigts! T'es une Warior je crois en toi!

    Aimé par 3 people

    1. Merci pour cet adorable message. Oh tu sais, ici aussi parfois je suis très triste et très en colère de devoir en passer par là. Comme toutes les PMettes j’imagine, il y a cette injustice qui me colle au coeur… Pourquoi nous ???
      Merci pour le conseil des DPTransfert. Je vous souhaite à tous les 2 d’avoir un parcours PMA le plus court possible, gros bisous

      J'aime

  4. Que c’est bien écrit Psychota ! Ben dis donc tu as du leur faire une sacrée surprise de commencer à te réveiller en pleine ponction !
    C’est vrai que cela est injuste de devoir subir toutes ces épreuves pour un acte si anodin. Mais c’est une chance réelle.
    Bon courage à toi et je continue à croiser les doigts ! Bisous.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui dans mon centre PMA c’est anesthésie générale d’office, sauf s’il y a une contre-indication ou que la patiente s’y oppose. Et effectivement c’est un vrai confort, je ne garde pas un mauvais souvenir de cette journée Ponction, et je pense que c’est en grande partie grâce à ça !

      Aimé par 1 personne

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