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L’effet boomerang

FIV
Après 2h30 de route, nous arrivons dans le Grand Nord ; ici, les maisons sont en briques rouges et une église en pierres sombres domine la ville. Il fait un soleil de plomb, la voiture est une vraie fournaise malgré la clim.
Ma mini glacière de Gonal f à la main, je descends sur le trottoir et hésite à avancer. J’ai peur. Peur que la jalousie m’aveugle. Peur que l’envie me grignote le cerveau. Peur que le chagrin me submerge. Peur qu’un trou béant s’ouvre dans mon cœur et qu’il mette des jours et des jours à se refermer.
Je glisse ma main libre dans celle de Psychoti et prend une profonde inspiration. Ensemble, nous franchissons les portes de la maternité. Ensemble, nous pénétrons dans ce monde qui nous est refusé.

Dans une chambre aux couleurs vives, ma belle sœur nous accueille, souriante et radieuse dans son lit d’hôpital. Je lui demande comment elle va, comment ça s’est passé. Je m’intéresse, j’acquiesce, je souris. C’est ma parade pour me tenir le plus longtemps possible loin du bébé qui dort dans son berceau chauffant. Quand je n’ai plus d’autres choix, je m’approche, en prenant toutefois bien soin de fixer la couverture qui le recouvre. Je ne veux pas le regarder. Je ne peux pas le regarder.
Et puis, elle propose « il va bientôt devoir manger, vous allez pouvoir le prendre à ce moment-là, il sera réveillé ». Je décline poliment, non, non, on ne va pas l’embêter, et puis il est si petit, et puis, et puis… Et puis je suis à court d’arguments. J’ai peur de littéralement me liquéfier sur place et de me répandre en larmes si je l’approche – et en même temps, je dois bien l’avouer, je brûle de le tenir contre moi.
Alors je finis par céder ; et c’est une petite plume de 2kg seulement qui se retrouve dans mes bras. Je le regarde, enfin. Il est petit. Vraiment petit. Mais il va bien. Il est venu au monde en avance, mais il était prêt, on dirait. Et il est… merveilleux, en fait. Merveilleusement parfait. Je pourrais rester là jusqu’à la fin de ma vie, je crois, à simplement le tenir dans mes bras et à le regarder. Ses petits mouvements de bras saccadés, ses mains aux longs doigts fins, sa respiration tranquille. Je ne pense à rien, je ne suis que sensations. Je me remplis de ce bonheur fugace et éphémère. J’ai un bébé dans les bras. Je suis si bien.

Je flotte sur un nuage le reste du weekend. Le dimanche, je n’ai qu’une envie : retourner à la maternité au plus vite pour le voir à nouveau.
La sœur de Psychoti profite de notre seconde visite pour aller prendre un peu l’air. Juste cinq minutes, juste le temps de marcher un peu et sentir le soleil. L’accouchement a traîné en longueur, voilà trois jours qu’elle est enfermée, elle a besoin de respirer. Et puis son bébé est bien calé dans les bras de Psychoti, il semble dormir si profondément… Il ne remarquera même pas qu’elle s’est éclipsée.
La porte se referme et je lance à Psychoti « vite, vite, c’est le moment où jamais, on l’embarque ! ». On rit un peu jaune. On se concentre sur le bébé pour oublier. Et voilà que ses paupières papillonnent. Ça clignote dans tous les sens, il lutte, c’est dur, et soudain, il ouvre grands les yeux. Je suis penchée juste au dessus de lui ; il me regarde. Je plonge dans ce bleu aigue-marine si particulier qu’ont les nouveaux-nés. Il a l’air si sérieux, que je me mets à dire et à croire n’importe quoi. Je lui murmure « toi qui viens tout juste d’arriver, dis leur aux autres bébés qu’on sera de bons parents. Dis leur qu’ils peuvent venir, dis leur qu’ils seront bien avec nous ». Il me regarde encore, longtemps. Puis comme ça, sans demander son reste, ferme les paupières et se rendort.

Le retour du boomerang a lieu le soir-même, après que nous soyons rentrés chez nous. Des détails insignifiants me reviennent et me font vaciller. Des détails qui font d’eux ce que nous ne sommes pas : ils sont une famille, ils sont des parents. Et l’injustice habituelle, celle qui me donne envie de hurler pourquoi pas nous, pourquoi pas nous, pourquoi pas nous me terrasse et me laisse en pleurs, recroquevillée sur le carrelage de la salle de bain. Notre vie sans bébé me semble triste et insipide. Creuse et sans saveur.
Psychoti n’est pas en meilleur forme que moi. Et c’est dans son mutisme habituel qu’il se réfugie. Il se retire en lui-même, bien à l’abris dans sa forteresse ; il est inaccessible. Je me retrouve seule, un fantôme maussade pour toute compagnie, et ça me donne encore plus envie de pleurer.

De manière tout à fait paradoxale, c’est mon injection de gonal f qui me sauve du chagrin. J’aurais pu me dire, une fois de plus, que c’est injuste de devoir en passer par là quand tant d’autres y arrivent sans rien faire. J’aurais pu alimenter l’amertume à coup de piqûres et de comprimés. Mais aujourd’hui, la PMA me semble être la plus belle bataille qui soit.
A force d’encaisser les échecs, à force de voir mon rêve s’éloigner, je finissais par douter de lui comme d’un mirage. Ai-je toujours envie d’un enfant ? Saurai-je être une maman ? Est-ce que la vie de parents est faite pour nous ?
La rencontre avec ce petit bébé a tout balayé et remis les choses à leur place. Je suis déjà une maman. Je n’attends plus que toi. Alors viens, viens, regardes comme nous t’aimons déjà. Tu seras bien avec nous, nous serons de merveilleux parents. Viens, viens, il ne manque plus que toi…

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45 réflexions au sujet de « L’effet boomerang »

  1. Tu m’as arraché une larme …
    Je suis contente de voir que vous avez pu apprécier vos passage à la maternité et le plaisir de tenir un petit bébé dans les bras. Pas de bol pour l’effet kiss cool, même si c’était malheureusement prévisible … J’espère que DNLP à pris note de vos dispositions et va enfin se décider à changer de cap.
    Allez, on croise les doigts, la FIV ça va marcher du premier coup !!!

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  2. C’est très beau ce que tu écris et je m’y retrouve tant. Je suis convaincue que la rencontre avec le bébé de ma sœur balaiera tout le reste, le temps d’un instant, et je m’accroche à ça depuis des mois. Je crains bien sûr l’effet boomerang au retour à la maison face à la chambre vide. Et tu décris tout ça si bien que cela m’aide à me projeter. Et me rassure quelque part.
    Je t’en remercie infiniment. Et je croise fort pour que cette première piqûre de Gonal F en ce jour si spécial soit du meilleur augure. Gros bisous

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    1. Merci beaucoup Blanche 😊 J’espère que cette rencontre sera pour toi un aussi joli moment qu’il l’a été pour moi. L’effet boomerang est moins marrant, mais somme toute pas pire que ce qu’on a déjà vécu… Le positif contrebalance fortement le négatif pour moi. Des bises

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  3. Tu as raison c’est dur et injuste et on aimerait tellement ne pas devoir passer par la, je me le dis souvent aussi, mais pense qu au bout de chaque tentative il y a l espoir que ce soit ton tour. Je croise pour que cette fiv soit la seule et l unique. Bises

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  4. Quelle belle conclusion! Parfois, il faut se faire violence… S’enfoncer une aiguille dans le bide alors qu’on voudrait juste faire un câlin, aller voir le nouveau-né de quelqu’un d’autre alors qu’on voudrait juste qu’il soit le nôtre… Alors je suis contente de voir que tu continues sur ta voie vers la maternité. Courage, et gros bisous!

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  5. Ton post est magnifique psychota ! Cette rencontre est belle même si très riche en émotion ! Que ce petit bébé vous donne la force de vous battre ! A chaque fois que je me pique (ça fait junkie écrit comme ça ;-)…) je me dis « je me rapproche un peu chaque jour de toi mon bébé ».
    Des gros bisous

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    1. Il serait temps qu’on passe à l’étape suivante oui, car avec 5 neveux et nièces, je crois qu’on maîtrise bien notre rôle de tata/tonton !!! On aime bien, hein, mais celui de parents nous tente pas mal quand même 😉

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  6. Tant de souffrance dans cet article, je suis bien triste que tes larmes aient tant coulé, que tu aies tant souffert. Et que tu te sentes seule aussi. J’espère qu’écrire te fait du bien.
    C’est déjà un grand pas d’être allés à la maternité, d’être restés seuls avec votre neveu. Mais que c’est difficile de se rendre compte encore que notre rêve est loin, semé d’embûches alors que c’est si simple quand tout va bien.
    Mais à travers ton article aussi, je suis ravie de lire que l’espoir est là. Certes la PMA ce n’est pas rien, c’est du stress, des contraintes, mais beaucoup d’espoir aussi.
    Je croise fort les doigts pour vous, pour toi.
    Bisous Psychota et vive Gonal !

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    1. Le weekend a été chargé en émotions, mais plus en positif qu’en négatif finalement. Et oui, heureusement que je suis en début de FIV car effectivement, l’espoir me porte !! En espérant que je ne retombe pas de trop haut… Bises Mouchette

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  7. Ma chère Psychota, je tiens à te dire que je ne te remercie pas.
    Il est vrai que consulter mon lecteur wordpress pendant une surveillance de brevet blanc, ce n’était pas pro de ma part. Mais je ne m’attendais pas à avoir les larmes aux yeux devant toute une classe de 3ème…

    Plus sérieusement, il a l’air chouette le cousin de votre futur Psychomini. Laisse tes larmes couler Psychota, mais garde espoir. Tu seras une merveilleuse maman 💕

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    1. Ma chère Sol, je ne te félicite pas non plus de si mal surveiller tes 3ème. D’autant qu’ils risquent maintenant de faire circuler des rumeurs de « prof dépressif » à ton sujet ! Mais désolée malgré tout de t’avoir embué les yeux…
      Bon courage pour votre rdv d’aujourd’hui ☘ (et j’adore « Psychomini », je garde l’idée… 😉)

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  8. Mon Dieu que tes paroles me sont familières… Encore hier j’etais en boule par terre a pleurer encore toutes les larmes de mon corps (décidément on a beaucoup d’eau dans notre corps lol). Si dur… Tellement dur….

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