Blog PMA·IAC 4

La course à l’Ovitrelle

Janvier 2016 : IAC 4
Sept jours de piqûres et aucune certitude que le traitement marche. Toujours ce même sentiment étrange à l’idée que les activités de mon corps reste du domaine du mystère. Aucune information ne transperce, aucune communication n’existe entre mon cerveau et le reste. Obligée de passer par l’extérieur, d’avoir recours à une échographie pour savoir ce qu’il se passe la dedans.
Je suis au plus près, et pourtant je ne maîtrise rien. Mon corps me fait l’effet d’être un étranger avec lequel je cohabite.

A J10, l’échographie endo-vaginale m’apprend que sous la surface de mon ventre, à l’intérieur de mes ovaires, six follicules se sont lancés dans une course folle. Six follicules de 12 à 17mm. L’interne parle de grossesse multiple et d’annulation de IAC. Ha.
Pendant que je me rhabille, elle dit aussi « mais ne vous inquiétez pas rien n’est décidé, on verra en fonction de vos taux ». Je fais la fille zen et détendue, et me permets même une petite blague sur le fait que pour le coup, on l’a notre réaction « tonique » ! Je ne sais pas si j’essais de me faire rire moi-même, pour éviter de sombrer dans la panique, ou si j’essais de la faire rire elle, pour qu’elle arrête de prendre cet air désolé.

En sortant de l’hôpital, sur le chemin du métro, je liste les solutions :
~ IAC 4 est annulée. Avec Psychoti on en a déjà discuté plusieurs fois, et pris la décision de tenter le tout pour le tout si le cas de figure se présentait : Ovitrelle, câlins ciblés, Utrogestan, et tant pis si les médecins nous enjoignent d’avoir des rapports protégés. Ca relèverait déjà du miracle qu’un ou deux prennent, alors six d’un coup, faut pas rêver. Le risque est trop faible pour qu’on choisisse de perdre une chance.
~ IAC 4 est maintenue. J’imagine que dans ce cas là, l’injection d’Ovitrelle ne devrait pas traîner et que mon ovulation aurait pour une fois lieu bien avant J14.

J’en suis là de mes réflexions quand je réalise, soudain, que je n’ai pas récupéré mon injection d’Ovitrelle. Je n’ai pas mon Ovitrelle !!!
Depuis le début de la PMA, je suis plutôt bien organisée : quelques jours avant le début des hostilités, je passe à la pharmacie récupérer l’intégralité du traitement. Pas d’angoisse sur le fait de devoir commander tel ou tel produit, tout est sous contrôle avant même la première piqûre.
Et puis IAC 4 est arrivée. IAC 4 qui m’a pris par surprise avec son J1 en avance. IAC 4 qui m’a suffisamment chamboulé l’esprit pour que je dise à la pharmacienne « je n’ai besoin que du Puregon, pour le reste j’ai ce qu’il faut à la maison ». Oui, il me reste de l’Utrogestan, et même de l’Orgalutran. Mais point d’Ovitrelle dans le frigo. Comment ai-je pu oublié ça ???
Ok. A chaque problème sa solution. Ne pas paniquer. Anticiper le fait que peut-être, je vais devoir faire l’injection d’Ovitrelle le soir même. Récupérer le stylo pré-rempli à la pharmacie en temps et en heure, c’est à dire… maintenant !

Et voilà comment, le cœur et le ventre lourd de mes six follicules, je me suis lancée dans une course folle. 9h35 à ma montre, arrivée prévue au boulot à 10h30 (merci les heures sup de l’été dernier), soit une heure de battement pour rentrer chez moi récupérer l’ordonnance, puis repartir en sens inverse en direction du boulot. Un peu juste, mais faisable.
10h35, après avoir couru après un métro et un RER dans le sens allé, un RER et un bus dans le sens retour, j’arrive échevelée et transpirante au boulot, l’ordonnance si précieuse dans le fond de mon sac. Mes collègues me tombent dessus : « t’étais où ?! Tu es censée être en service public depuis 10h ! ».
Ma chef que j’adore a oublié de prévenir la responsable planning de mon absence de ce matin. Je dois me justifier, expliquer que mon retard n’en est pas un mais qu’il s’agit d’une absence prévue. Je vais même jusqu’à chercher la feuille de récup d’heures sup pour qu’on me croit. Quelqu’un lâche « de toute façon ça résout pas le problème, il manque quelqu’un pour le service public, là ! ». Ca ne résout peut-être pas le problème effectivement, mais j’aimerai bien qu’on reconnaisse que je n’y suis pour rien ! D’AUTANT QUE MOI, J’AI SIX FOLLICULES DANS LE VENTRE ET UNE IAC AU BORD DE L’ANNULATION !!! (phrase qu’évidemment, je n’ai pas prononcé à voix haute).

Après cette arrivée en fanfare, j’assure donc ma part de service public. J’essais de me concentrer sur les gens, sur leurs demandes, et j’y arrive à peu près (si on excepte les 95 % de mon cerveau qui tourne en boucle : « IAC 4 risque d’être annulée ! IAC 4 risque d’être annulée ! » et qui me serre la gorge).
Je profite de ma pause déjeuner pour filer à la pharmacie : le précieux sésame est en stock. Je le dépose dans le frigo du boulot, emberlificoté dans un sac rose dégoté dans le fond d’un tiroir (en espérant très fort qu’aucun collègue trop curieux n’ira vérifier ce qu’il y a dedans).

12h58, l’hôpital m’appelle : injection d’Ovitrelle le soir même et insémination jeudi matin.
Merci, merci, merci. La IAC est maintenue. Et j’ai mon Ovitrelle sous la main. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pour la première fois de la journée, je me détends, et je souris quand je lis la réponse de Psychoti  : « Va pour les sextuplés, soyons fous ! ».

Malheureusement pour moi, il était dit quelque part que ce J10 ne devait pas être une journée de tout repos.
A force de réduire les effectifs, le moindre arrêt maladie se transforme en drame. Et ce début d’après-midi, ce n’est pas une mais deux collègues qui sont rentrées chez elles, le spectre de la gastro accroché aux basques. Et j’ai été désignée d’office pour aller assurer au pied levé le service dans le Bâtiment B, situé à l’autre bout de la ville.
Ca ne me dérangeait pas plus que ça (IAC 4 était sauvée, rien ne pouvait m’arriver) jusqu’à ce que je réalise que le Bâtiment B n’avait pas de cuisine, et donc pas de frigo. Comment allais-je m’y prendre pour conserver mon Ovitrelle au frais pendant les quatre prochaines heures ?
Après avoir retourné le problème dans tous les sens (j’ai même envisagé de le laisser sur le rebord d’une fenêtre, mais la douceur exceptionnelle de ce mois de janvier m’en a dissuadé), je n’ai trouvé qu’une seule solution : faire (encore) un saut de puce chez moi pour y déposer l’Ovitrelle, avant de filer passer le reste de la journée dans Bâtiment B. Au pas de course, bien évidemment, puisque encore une fois, je ne disposais que d’une heure de battement pour enchaîner bus et RER.

J’arrive juste à temps pour l’ouverture du Bâtiment B, et l’après-midi est chargé.
Enfin, la journée est se termine. J’ai un petit sourire de satisfaction quand je passe à 19h30 devant les lumières éteintes de la pharmacie. Oui, j’ai bien fait de me démener pour y aller ce midi, même si ça m’a valu un sacré détour. Et je suis rassurée d’avoir suivi les consignes de la notice en laissant mon Ovitrelle en permanence dans un frigo, même si ça m’a valu un deuxième détour.

A 21h, je fais mon injection d’Ovitrelle. Je l’imagine se propager dans mon sang et me dit que ça y est, les choses sont lancées. Je ne sais pas combien de follicules seront de la partie, je ne sais pas combien auront le temps de finir de grandir, mais je me dis que les choses auraient pu être bien pire, et qu’on s’en sort pas si mal.

A 22h, Psychoti, qui a eu lui aussi une rude journée, se glisse à mes côtés dans le lit, et s’exclame :
– Ha, enfin tous les deux, au calme !
– Nous deux et nos six follicules…
– Ce soir, on forme une famille nombreuse.
   – Profitons-en, ça risque de ne pas durer…
– Deux, ça serait bien ?
– Deux, ça serait parfait.

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