Blog PMA·IAC 3

Ambivalence des sentiments

Décembre 2015 : IAC 3
Je me projette, j’espère. J’imagine mon corps changer et s’arrondir, je sens en rêves un bébé imaginaire bouger, je visualise Psychoti jouer avec notre enfant… Je le vois si bien que ça pourrait être réel. Je suis cette future maman, tout est possible, rien ne m’effraie. C’est le sens normal de ma vie, la suite logique, celle à laquelle je me prépare depuis que je suis petite. Les ventres des femmes enceintes que je croise ne représentent rien de plus que la promesse d’un miracle à venir.

Une écho, une prise de sang ou un simple repas chez des amis, et mes certitudes se muent en d’autres. Je suis infertile, je n’aurai peut-être jamais d’enfants, je ne sais pas donner la vie. Je hais les gros ventres, l’amertume emplit ma bouche dès que j’en vois un. J’ai l’impression qu’elles me narguent, j’ai envie de leur crier « un peu de décence, rentre-moi ce ventre, es-tu obligée de l’exploser comme ça à la face du monde ?! » et tant pis si c’est une réaction stupide de PMette aigrie, de toute façon je me fous de tout, des gens, de mon boulot, des sorties et des distractions qu’on empile pour mieux remplir le vide.

Et puis une écho, une prise de sang ou une banale conversation avec un proche, et ma vie pivote à nouveau sur son axe. C’est vrai que ça fait longtemps qu’on essaie, il y a de quoi être un peu désabusé, mais pas de baisser les bras ! Elle est à nouveau là cette envie, il est à nouveau là ce bébé imaginaire. J’ai un peu plus de mal à me voir enceinte, et voilà bien longtemps que je ne le sens plus bouger en rêve, ce bébé. Mais ça reste envisageable malgré tout. C’est plus ténu, comme une lumière un peu éteinte, mais une lumière quand même. Elle est encore là cette envie. Elle s’est juste recroquevillée dans un coin. Elle en a tellement marre de se prendre des coups… Alors elle se fait petite, discrète, silencieuse. Mais elle est encore là. Et quand l’instant est propice, elle se rappelle à moi.

Mais voilà une écho, une prise de sang ou un simple coup de fil, et à nouveau plus rien n’a de sens. Je fuis les gros ventres comme la peste, les bébés des autres m’ennuient. Ils sont bruyants, morvants, fatigants. Et si on rentrait chez nous, au calme ? Puisque tout ça nous est refusé, pourquoi nous en infliger les désagréments ? Pourquoi ne pas simplement profiter d’être deux puisqu’on le peut ?
Peut-être qu’il y a un temps pour tout et que l’heure commence à tourner. Peut-être que l’envie bébé s’échappe, s’évapore au fur et à mesure que passent les années. Peut-être que l’horloge biologique joue autant sur notre esprit que sur notre corps. En a-t-on toujours envie ou nous accrochons-nous à ce vieux rêve comme d’autres à leur bouteille ? Pourquoi se battre si fort ? Pourquoi continuer ? Et si on choisissait plutôt de passer à autre chose ? Si on décidait de changer de vie ? On pourrait larguer les amarres, lâcher notre petite vie bien rangée et partir ailleurs, profiter autrement. Pas une fuite, juste changement de cap.

Encore et toujours une écho, une prise de sang ou un interne un peu plus drôle et un peu plus sympa que les autres, et la machine à espoir repart. L’envie bébé oscille et vacille comme la flamme d’une bougie, mais elle est toujours là. Rien ne semble pouvoir l’éteindre. Elle voit que je la regarde, reprend un peu confiance, grandit, se redresse. Elle me souffle « ne m’oublies pas en route car quoi qu’il se passe, je serais toujours là ». Elle a raison. Ce n’est pas l’envie qui disparaît, mais l’espoir d’y arriver un jour. L’envie, elle, est toujours là. Même si j’arrive parfois à me convaincre du contraire.

Cette ambivalence, cette schizophrénie, il parait que c’est normal, ça fait parti de la PMA. Refusez à quelqu’un quelque chose pendant des années, et vous verrez si sa motivation ne faiblit pas. Bien sur que c’est normal. Mais c’est déstabilisant et déroutant de se battre si fort pour quelque chose qu’un jour sur quatre, on n’est plus très sur de vouloir.
Je m’accroche aujourd’hui à cette IAC 3* avec l’énergie du désespoir. Psychoti a abdiqué. Il a fait tout ce qu’il fallait, mais le cœur n’y était pas. Je ne lui en veux pas, loin de là. J’ai baissé la garde plus souvent qu’à mon tour, je peux donc bien pour une fois être celle qui y croit.
Alors je guète les signes et j’adresse des prières païennes à tout va : aux étoiles, aux feuilles mortes, à la lune, au Père Noël, au soleil, aux fées, aux araignées, à la pluie. IAC 3, s’il te plait, s’il te plait, s’il te plait, ouvre nous tes portes et fait en sorte que nous fassions partis des 18% d’élus. S’il te plait.
S’il te plait…

*Insémination lundi dernier à J14 avec, comme stars du jour, un interne drôlement sympa, un follicule unique et 8,8 millions de spermatozoïdes mobiles.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s