Blog PMA·IAC 2

DPO 14 au fond du trou

Novembre 2015 : IAC 2
Parce que la vie continue (tout le monde n’arrête pas de répéter cette phrase comme un mantra en ce moment – à croire qu’elle nous protège et nous immunise de tout), nous avons passé un début de samedi relativement serein avec Psychoti. C’est vrai, le spectre de DPO 13 et son sinistre 1 ui rodait encore tout près, mais on s’en sortait quand même pas mal. J’avais encore pleuré dans ma tasse de thé au petit déjeuner, mais je le sentais, ça commençait à aller mieux.

Et puis vers 16 heures, le téléphone a sonné. La sœur de Psychoti. Celle là même que j’ai adoré dès notre première rencontre : douce, serviable, gentille (et incroyablement belle, ce qui ne gâche rien. Une de mes premières pensées en la voyant a d’ailleurs été « si un jour on a une fille, j’espère qu’elle lui ressemblera ». Pour info, on n’était pas encore en essais à l’époque – pour vous dire un peu le degré de folie dont je suis atteinte).
Malgré ses 33 ans, elle est aussi un peu inconstante, changeant de projets de vie comme de chemises. Son copain, plus jeune qu’elle de plusieurs années, n’est pas vraiment en reste. Ca fait passablement flipper la mère de Psychoti, mais moi en tant que belle-sœur, je les trouve surtout rigolos. Ils me rappellent qu’il existe autant de façons de vivre que d’êtres humains et qu’il n’y a aucune raison en soit qu’on suive tous le même chemin.
Bien entendu, la Psychota que je suis a tout de suite vu en cette adorable belle-sœur une potentielle femme enceinte. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de scruter son ventre dès que je la voyais, le mesurant mentalement à la fois d’avant, des fois que… D’après Psychoti pourtant, nous n’avions pas à nous inquiéter : sa sœur affirmait depuis l’enfance vouloir un seul enfant, et sur le tard, histoire de pouvoir profiter de la vie le plus possible. Mouais. Mon radar à bébé n’en restait pas moins aux aguets.

Et bien je vous le donne en mille : elle est enceinte.
En ce maudit DPO 14, Psychoti a incroyablement donné le change. Il a feint la surprise heureuse et a écouté patiemment le récit idyllique de ce début de grossesse insouciant : la joyeuse découverte deux mois plus tôt, le bonheur, le compte rendu détaillé de la première échographie. Il les a félicité encore et encore, pendant que son regard dérivait dangereusement du coté de notre grosse pochette PMA.
Après avoir raccroché, évidemment, le masque s’est un peu fissuré. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, il est parti faire le tour de la région en courant pendant que je me vidais de mes larmes sur le canapé. Chacun gère son chagrin comme il peut (sa façon à lui étant quand même nettement moins pathétique que la mienne).

Je suis triste. Et pour la première fois, la tristesse emplit tout et ne laisse aucune place au reste. Il n’y a pas de mélange de sentiments, de petite joie enfouie, de jalousie. Pas de culpabilité non plus à ne pas me réjouir d’ailleurs. Juste une infinie tristesse. Et l’inquiétude qui en découle, bien entendu.
Je m’inquiète pour toutes les fois futures où nous seront amenés à les voir. Je m’inquiète des fêtes de fin d‘année qui approchent, quand toute la famille sera réunie pour quelques jours de vacances. Je me sens absolument incapable de gérer leur joie face à ce premier petit-enfant à naître, ni de passer quasiment une semaine un ventre de quatre mois sous le nez. Je vais me mettre à pleurer à tout bout de champ, c’est sur et certain.

Contrairement à la mienne, la famille de Psychoti n’est absolument pas au courant de nos essais foireux. Ce n’est pas qu’on ne veut pas leur dire, mais plutôt qu’on n’y arrive pas.
Au début, comme beaucoup de couples en essais, nous ne souhaitions pas en parler. Naïvement nous pensions leur annoncer rapidement ma grossesse, des cœurs et des étoiles plein les yeux. Puis nous avons commencé les stimulations. Ce n’était pas encore la vraie PMA, on était suivi par notre gyneco de ville, pas de quoi en faire des montagnes non plus… J’ai laissé Psychoti se murer dans le silence ; après tout, c’est sa famille.
Quand nous avons eu notre premier rendez-vous à l’hôpital l’été dernier, je lui ai toutefois suggéré qu’il serait bien d’en parler. Il était d’accord, du moins en théorie. Car Psychoti a du mal avec les mots. Impossible pour lui de se jeter à l’eau. 
Alors on s’est décidé à aborder le sujet ensemble la prochaine fois qu’on les verrait, aux vacances de Noël. Oui mais voilà. Comment voulez-vous qu’on en parle maintenant ?
« Désolés de gâcher la fête, mais nous cette grossesse on la vit super mal car on galère depuis deux ans pour faire un bébé. On est PMA, rien ne marche, c’est l’angoisse. Joyeux Noël ! Et joyeux bébé, hein ! ». On est égoïstement centré sur notre tristesse, mais pas égoïste à ce point quand même.

Il semble donc que nous soyons dans une impasse. Si nous en parlons, tout le monde sera gêné et affreusement malheureux pour nous ; nous aurons gâché les fêtes de toute la famille, rien que ça. Sacré poids sur nos épaules déjà bien affaissées. Mais si nous n’en parlons pas, nous risquons la crise de schizophrénie à feindre une joie que nous ne ressentons absolument pas. Foutue infertilité.
Reste la solution ultime, celle qui me séduit un peu plus à chaque tentative ratée : fuir, fuir, fuir. Creuser un énorme trou et y rester terrer jusqu’à ce que vous savez bien quoi arrive enfin.

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