Blog PMA

Combat

Juin 2015 : C16J17
Parfois, j’ai l’impression que ces essais ne sont qu’un vaste combat. Contre l’infertilité bien-sûr, mais aussi contre les secrétaires, les médecins, les laborantines, les pharmaciens, la sécurité sociale, la mutuelle, les copains indiscrets, les amis maladroits.
Bien-sur, les premiers sont là pour nous aider à faire cet enfant que nous n’arrivons pas à concevoir sous la couette. Mais ne vous y trompez pas, cela ne signifie pas que vous n’aurez qu’à vous laissez guider. Dans ce combat, vous ne pourrez compter que sur vous-même et votre persévérance. Si vous ne voulez pas perdre des cycles pour rien, si vous ne voulez pas tourner en rond ni y laisser l’équivalent de votre livret A, vous devrez insister, quémander, réclamer. Vous renseignez pour comprendre le jargon médical et savoir où vous allez. Etre forts et ne rien lâcher.

Je ne compte plus les fois où j’ai dû batailler avec une secrétaire pour avoir un rendez-vous rapidement (et ainsi ne pas perdre un cycle de plus), ni celles où la laborantine m’a toisée de haut en bas quand le dosage demandé lui semblait incongru. Je me rappelle le Glaçon qui subitement ne voulait plus me faire ma stimulation 6, et la nouvelle pharmacienne qui ne comprenait rien à mon ordonnance d’ovitrelle et de stylo pré-rempli. Sans parler des différences qui existent d’un couple à l’autre dans la prise en charge : étonnement, nous ne passons pas tous exactement les mêmes examens au cours du bilan de fertilité. Vous n’y comprenez rien, vous vous renseignez, vous pataugez comme vous pouvez dans ce milieu médical qui ne vous est pas tellement familier. C’est lourd, c’est pénible, mais vous n’avez pas envie que quelque chose vous échappe. Bien-sur vous préfèreriez subir le moins d’examens possible, mais comment prendre le risque de passer à côté de quelque chose qui pourrait être fondamental pour la suite du parcours ? Il y a tellement de témoignages incroyables sur Internet, des gens qui racontent des choses comme « après six stimulations, quatre IAC et trois FIV, on nous a fait passer un nouveau test qui est formel : impossibilité pour un embryon de se développer normalement dans notre cas. Six ans de traitements qui auraient pu nous être épargnés si on avait fait ce test dès le début. Nous nous tournons aujourd’hui vers l’adoption ». Qui voudrait prendre le risque de vivre ça ?
Je me revois également crouler sous la paperasse : les piles de feuilles de soin à envoyer à la sécu parce que, pour une raison inconnue, la carte vitale encore une fois ne passait pas, les piles de feuilles à transmettre ensuite à la mutuelle pour avoir un complément de remboursement, la demande de prise en charge à 100%, qui est en soit une très bonne chose mais qui vous met un coup au cœur. Car avec ce bout de papier c’est officiel, vous êtes un couple infertile. Et pour cinq ans en plus ! Valable jusqu’à 2020. C’est tamponné là, en bas de la feuille. Cette échéance vous donne le vertige. Pourquoi la sécurité sociale voit-elle aussi loin, votre dossier est si catastrophique que cela ? Vous comprendrez plus tard que toutes les ALD (Affection Longue Durée) se donnent sur cinq ans. Le coup au cœur, lui, restera bien en place.

Et les amis dans tout ça ? C’est difficile d’être amis d’un couple infertile. Rares sont ceux avec qui la conversation reste naturelle, ceux avec qui en parler vous fait du bien. Ils existent quand même ! Chérissez-les, ils seront une bulle d’oxygène bienvenue dans votre parcours.
Mais la plupart du temps, ils oscillent malheureusement entre gène, qui les poussent à ne plus jamais aborder le sujet avec vous, ou optimisme à tout épreuve à base de « il n’y a pas de raison que ça ne marche pas un jour ! » qui vous agace, vous agace ! Depuis le temps qu’il n’y a pas de raison, hein… Et puis les statistiques, elles, elles vous en donnent plein des raisons…
Il y a également les définitivement maladroits. Comme celle qui vous rabâche à quel point elle, elle a eu de la chance, puisqu’elle est tombée enceinte à chaque fois au premier cycle ! Ha ça elle est fertile ! Et du fond de votre infertilité vous êtes ravie qu’elle vous en parle à chaque fois que vous la voyez, d’autant plus qu’elle connait votre situation.
Sans parler du meilleur d’entre tous, la crème de la crème que toutes les filles infertiles ont rencontré un jour : « tu es sure que ce n’est pas psychologique ? ». A laquelle s’ajoutent les petits potins mesquins : « tu sais pas quoi, j’ai appris qu’unetelle avait galéré aussi ! Elle a fait des piqûres et tout ! M’étonne pas de toute façon elle est trop égoïste, pas assez généreuse pour donner la vie celle-là ». Alors là… Entre nous ce genre de réflexions, ça se passe de commentaires, on entre carrément dans une autre catégorie.

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